Horrora borealis

Horrora borealis

Sanglant ad nauseamHorrora borealis est le septième polar de Nicolas Feuz. Paru en auto-édition en 2016, le roman est réédité en 2018 par Le Livre de Poche. Entre souvenirs et folie, Horrora borealis se déroule à Neuchâtel et en Laponie, région démystifiée dès la quatrième de couverture:

Qu’est-ce qui s’est passé en Laponie? Les souvenirs sont flous, mais ce qui est sûr, c’est que de longue date, Walker ne croit plus au Père Noël. Et vous? Vous y croyez encore?

 

Le suspense à fleur de peau

Horrora borealis est ce genre de roman qu’on appellerait en anglais un page-turner, tant il est impossible de le poser avant de l’avoir lu jusqu’à la dernière page. Le suspense commence avec la sensation d’urgence, comme un compte à rebours, lancée dès la première page. Le détachement du personnage résonne paradoxalement en avidité de savoir chez le·la lecteur·trice.

Qu’il fût aujourd’hui ou demain importait peu dans l’esprit torturé de Walker. Bientôt, son sang rejoindrait celui des autres. De tous les autres autour de lui. De ces victimes innocentes qui s’étaient retrouvées, comme lui, au mauvais endroit, au mauvais moment. Toute l’histoire de sa vie.

 

Autre élément qui rend le suspense presque audible: le manque de prénom du protagoniste. En effet, dans les chapitres se déroulant à Festi’neuch, dans le présent, il est appelé Walker. La construction du récit est telle que l’on se demande sans cesse de quel Walker il s’agit, puisque toute la famille est réunie dans les chapitres-souvenirs en Laponie.

Cette structure contribue également à augmenter le suspense du roman. Comme le Walker du présent, on ne demande qu’à savoir ce qui s’est passé en Laponie. Après un départ un rien boiteux, les révélations se succèdent sans répit.

 

Folie et PTSD

Le stress post-traumatique de Walker se traduit dans son amnésie sélective. Cherchant les réponses à ses questions chez les autres, il efface involontairement ses propres souvenirs de sa conscience. Ce réflexe de protection vient de son refus de faire face à une vérité trop douloureuse qu’il n’est pas prêt à affronter. On le pense victime, puis fou furieux, puis menteur; des contrastes qui se font ressentir jusqu’au rebondissement final.

— Est-ce que c’est vrai, Walker? demanda Boileau.
Le preneur d’otage bégaya.
— Je… non… enfin, je ne sais pas… mes souvenirs de la Laponie sont flous. Certains reviennent petit à petit, mais je dois remettre de l’ordre dans mon esprit.

 

Des personnages au potentiel déçu

Si le traumatisme du protagoniste est palpable, il n’en va pas de même pour les autres personnages. Malgré les épreuves endurées par certains, l’écriture ne semble par leur donner la complexité psychologique qu’ils auraient, à mon sens, méritée. Piégés dans le rythme effréné et le suspense implacable du récit, les personnages manquent parfois cruellement de profondeur. Rendus presque bidimensionnels par moment, ils n’ont fait naître aucun sentiment d’empathie en moi.

 

Maladresse de style

Sensible aux thématiques touchant aux violences sexuelles, je regrette amèrement que la scène de viol dans Horrora borealis soit décrite comme une œuvre d’art. Ce vocabulaire, certes beau, me semble mal placé pour imager la violence inouïe de la scène et la souffrance de la jeune femme subissant le viol. Si cela permet de se faire une idée de la folie du violeur, cela minimise la brutalité de l’acte et, à mon avis, contribue à le normaliser.

Dans cette danse sensuelle et macabre de deux corps entremêlés — comme s’ils avaient été peints en rouge carmin par un artiste, qui s’apprêtait à les immortaliser sur la toile — le jeune homme avait fermé les yeux.

 

Le meilleur Feuz?

Selon l’opinion générale, oui. Selon moi, non. Je précise que je n’ai pas détesté Horrora borealis. J’en ai apprécié le suspense, surtout à travers la parade du prénom non-dévoilé jusqu’à la fin. J’ai également été sensible aux descriptions de paysage dont Nicolas Feuz a le secret. Toutefois, certains éléments m’ont assez froissée, voire énervée, pour atténuer considérablement les points forts du roman.


Nicolas Feuz. Horrora borealis. Cortaillod: Nicolas Feuz, 2016.
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