Le Miroir des âmes

Le Miroir des âmes est le neuvième roman de l’auteur suisse Nicolas Feuz, et son premier publié chez Slatkine & Cie. Attendu impatiemment, ce polar tient ses promesses! La quatrième de couverture annonce la couleur:

[…] tout [est] précisément double et trouble dans ce Miroir des âmes: les flics, les filles, les politiques, les juges et jusqu’à ce mystérieux tueur en série que la police a surnommé Le Vénitien parce qu’il coule du verre de Murano dans la gorge de ses victimes.

 

Dans la lignée des précédents

Certains motifs (et même certains personnages) abordés dans les précédents romans de Nicolas Feuz sont à nouveau explorés dans Le Miroir des âmes. On note par exemple une enquête autour de disparition a priori sans liens; des disparitions de personnes seules et dans la difficulté, que personne ne regretterait. Ce motif présent dans Ilpayani, Le crépuscule massaï est repris, mais hélas guère plus développé.

Le suspense de ce polar tient en partie dans les nombreuses pistes qui s’ouvrent dès les premières pages. À l’image des enquêtes dans Eunoto, Les noces de sang, ces éléments disparates finissent par se rejoindre dans un final aux rebondissements renversants à en tomber de sa chaise. La structure en chapitres très courts est solide et convaincante, tout s’emboîte parfaitement jusqu’au dénouement.

 

Terrifiant

Ce roman m’a fait peur. Au-delà du dégoût provoqué par les descriptions graphiques des tortures perpétrées au fil du roman, le niveau d’écriture (on remarque là un grand progrès chez l’auteur) rend les actes plus terrifiants dans ce qu’il ont de réel. Le point de vue adopté dans les scènes d’horreur rend le·la lecteur·trice témoin en live de l’acte. Cet aspect atteint son paroxysme lorsqu’il est combiné à la psychose du tueur qui regarde sa victime souffrir jusqu’à la mort. L’impact psychologique sur le·la lecteur·trice n’est pas sans effet.

Le Vénitien regarda sa victime dans les yeux. C’était son habitude et son plaisir. Il avait noté que les plus faibles succombaient à un arrêt du cœur, causé par la douleur. Les plus résistants mouraient étouffés par l’obstruction des voies respiratoires.

 

Style feuzien caractéristique

On retrouve avec plaisir le style caractéristique de Nicolas Feuz dans Le Miroir des âmes. Rappelez-vous comment La Septième vigne avait donné envie de visiter Cortaillod, comment Les Bouches peignait un magnifique tableau corse. Encore une fois, ce style « touristique » est accentué par des descriptions précises des lieux. Non seulement peut-on suivre le trajet des personnages une rue après l’autre, mais on découvre également les endroits et la vie de la région ancrée géographiquement et historiquement par la Fête des Vendanges et le Neuchâtel Xamax.

À la station inférieure, deux gendarmes veillaient au grain et empêchaient le public d’accéder au funiculaire qui reliait La Coudre à la montagne de Chaumont. Le trajet, long de plus de deux kilomètres, était en service depuis le 17 septembre 1910.

 

Des personnages trop vite passés

Mon petit regret dans Le Miroir des âmes est de n’avoir pu mieux connaître les personnages. Le rythme effréné et les chapitres très courts nous donnent à peine le temps de les rencontrer. L’auteur nous rassure: « ils reviendront. » Cependant, vous vous en doutez, ils ne reviendront pas tous. J’aurais apprécié, par exemple, d’avoir plus de détails sur certains personnages tortionnaires afin de leur donner une plus grande complexité.

Cette complexité humaine est ainsi principalement présente dans les dialogues. À défaut d’entrer dans les pensées des personnages, on a accès à leurs échanges, révélateurs d’hypocrisie, de réflexion ou d’incompréhension. Je note une phrase en particulier qui m’a marquée pour son très subtil féminisme:

— Non, répondit Keppler. Mais il faut dire que c’est Luc qui a contacté Le Vénitien. Je n’ai jamais eu de contact avec cet homme et…
Kramer l’interrompit.
Comment savez-vous que c’est un homme?
— Bête déduction de ma part, répondit l’élu, pris au dépourvu. Dans mon esprit…
— … un tueur à gages ne peut pas être une femme, termina le chef de l’ICS.

 

Un très bon roman

On se réjouit déjà du suivant annoncé pour août 2019. Et comme toujours avec Nicolas Feuz: âmes sensibles, s’abstenir.


Nicolas Feuz. Le Miroir des âmes. Paris: Slatkine & Cie, 2018.

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