Les fiancées de l’enfer

Une découverte récente pour moi, mais qui connaît depuis longtemps un grand succès au Québec, la série de romans mettant en scène la détective Maud Graham est l’oeuvre de Chrystine Brouillet. Cinquième opus de cette série de 17 livres, Les fiancées de l’enfer est, si l’on en croit la quatrième de couverture, « l’un des plus sombres de la série des enquêtes de Maud Graham ».

Des femmes violées et tuées avec une froideur répugnante. À chaque fois, l’agresseur a marqué la victime: une lettre gravée dans la chair, sous le sein gauche, et quatre traits sanglants formant une croix comme Maud Graham n’en a jamais vu.

 

Une thématique forte

Les fiancées de l’enfer est l’un des rares polars qui m’ait été donné de lire abordant le viol et les violences conjugales de manière si marquante et réaliste. Narré à travers divers points de vue, ce thème est exploré sous un angle personnel et intime. Loin d’être victimisant, le récit donne la parole aux femmes pour les laisser exprimer leur colère, leur désespoir, leur douleur.

La protagoniste Maud Graham, dont la perspective est celle de la détective confrontée dans son travail à des cas de violence conjugale, exprime la frustration ressentie face à la justice. Mais elle incarne aussi l’espoir et la détermination à continuer le combat dans l’acharnement qu’elle met à démasquer le violeur.

Le mot « justice » avait-il encore un sens?
Elle souhaitait que les victimes de viol portent plainte, dénoncent leur agresseur, mais que pouvait-elle leur offrir en retour? Elle s’était imaginé au début de sa carrière qu’en arrêtant le coupable elle apaiserait les victimes: elle se trompait. Les procès les minaient, les verdicts les achevaient.

 
Le thème du viol est également abordé en lien avec celui de l’inceste. Là encore, le témoignage semble vrai tant l’accent est mis sur les émotions ressentie par la victime. Le vocabulaire est cru, la description dérangeante. Le trouble et la douleur de la victime sont palpable dans le ton de l’écriture qui décrit parfaitement le paradoxe déchirant matérialisé dans l’agression subie. Les répétitions de mots et de constructions phrases accentuent les répétitions de l’acte et l’impuissance de la victime.

Elle ne criait pas quand son père la rejoignait dans sa chambre, quand il se glissait sous les draps, quand elle sentait sa langue sur son ventre. Elle ne criait pas tandis qu’il répétait qu’il savait qu’elle aimait ses caresses. Et que lui aimait les siennes. Elle se taisait, se bâillonnait.

 

Un rythme au pas

Contrairement à d’autres polars où le suspense va crescendo dans un rythme effréné qui ne laisse aux lecteur·trice·s aucun répit, Les fiancées de l’enfer avance pas à pas, étape après étape. Le récit commence au milieu d’une enquête que l’on voit compliquée. Le piétinement de l’enquête est ressenti dans le rythme de l’écriture, jusqu’à ce que de nouveaux indices provoquent un tournant où tout s’emballe.

Plutôt que de suivre les moindres avancées d’une enquête difficile et frustrante, le récit nous entraîne dans les foyers des personnages. La lecture se fait ainsi au rythme de leurs pensées, de leurs relations. On apprend à les connaître et à souffrir ensemble.

 

Des personnages attachants

Chaque personnage dans Les fiancées de l’enfer est développé de manière complète et complexe. Les descriptions et différentes scènes qui découpent le récit permettent à chaque personnage d’évoluer en parallèle de l’enquête. Les dialogues sont spontanés et les hésitations vraies.

Graham et Gagnon se relevèrent lentement, faillirent s’inviter à boire un café, et s’éloignèrent chacun vers leur voiture.

 
Le naturel des petits combats personnels des protagonistes les rend attachant·e·s parce que réalistes. On s’identifie facilement à tel ou telle au point qu’il nous semble côtoyer des ami·e·s ou collègues pendant la lecture.

Graham avait pourtant très envie de fumer alors qu’elle déambulait dans la rue Cartier. Un parfum irrésistible de feuilles brûlées lui chatouillait l’esprit. Elle voyait chaque cigarette que s’allumaient les passants. Bon sang, cesser de fumer et être au régime en même temps exigeait une bonne dose de courage.

 

Vivement recommandé

Je recommande vivement ce beau polar que j’ai énormément apprécié. Et je me réjouis de découvrir le reste de la série des enquêtes de Maud Graham, brillamment écrites par Chrystine Brouillet.


Chrystine Brouillet. Les fiancées de l’enfer. Montréal: À l’étage, 2017.
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